Mr Cute : artiste engagé

Mis à jour : févr. 23


Depuis des siècles, les artistes engagés nous rappellent que l'art ne saurait être réduit à une simple vocation esthétique. Qu'ils soient peintres, sculpteurs, plasticiens, street artists, acteurs ou même écrivains, les artistes de ce monde ont toujours eu de cesse d'utiliser leur art, leur notoriété, et leur support de prédilection pour exprimer la voix du peuple, faire passer un message, prendre part au débat sur le rôle de l'être humain dans la société. Bref, pour s'engager dans des causes qui leur semblent justes et nécessaires.

"Aimer tue ! " Mr Cute

Ainsi, à travers leur art, les Niki de Saint-Phalle, les Picasso, les Jean de la Fontaine, les Banksy, les Miss Tic et bien d'autres, nous poussent à réfléchir sur nous-même, la place que nous occupons dans ce monde, mais aussi le rôle que nous avons à y jouer. Dans la lignée de ces artistes engagés et ô combien talentueux qui cherchent à bouleverser l'ordre établi, le duo d'artistes plasticiens Mr Cute se plaît à explorer des thèmes qui l'interpellent particulièrement, avec des créations drôles, colorées, mais aussi volontairement provocantes.


La violence faite aux femmes, la lutte contre les discriminations, la pédophilie, les maladies orphelines (dont souffre l'un des deux membres du duo), les sujets ne manquent pas pour les deux frères et artistes, particulièrement sensibles à la question du « vivre pleinement et sans regret », comme ils aiment eux-mêmes à le rappeler.


Alors, quelle est la place de l'art engagé dans la société d'aujourd'hui ? Et comment Mr Cute s'inscrit-il dans ce courant qui dénonce, provoque, et parfois transgresse pour la bonne cause ?


L'ART ENGAGÉ, À TRAVERS LES ÂGES.


Qu'on le veuille ou non, l'art a toujours été le vecteur des émotions, des pensées et des prises de position personnelles de l'artiste. À travers son œuvre – un roman, une peinture, une sculpture, un graffiti, une pièce de théâtre, une photographie, … – l'artiste s'exprime, dénonce, amuse, provoque, choque aussi. Quoi qu'il en soit, il ne se positionne plus comme simple spectateur du monde qui nous entoure, mais comme porte-parole d'une cause qui lui tient à cœur. Il s'interroge, pour que nous nous interrogions. Il dénonce, pour que nous dénoncions. Il s'engage, pour que nous nous engagions à notre tour.


L'art, indispensable aux progrès de la société, est donc un formidable moyen de bouleverser l'ordre naturel des choses, pour nous mettre face à nos propres contradictions et faire avancer le monde dans la bonne direction.


Dès l'Antiquité grecque, les dramaturges Sophocle et Euripide s'interrogeaient, à travers leurs pièces de théâtre, sur la place de l'homme dans la société. Au fil des siècles, des pouvoirs politiques, des guerres, et des avancées de la société, l'art engagé a pris de plus de sens, en se saisissant d'une cause, d'une idéologie, ou encore d'un sujet d'actualité pour s'exprimer et s'insurger. Ce fut Jean de la Fontaine, par exemple, qui a travers ses fables « enfantines », dénonce la société corrompue autour du Roi Louis XIV ; ou encore Victor Hugo, fervent défenseur des libertés individuelles, qui s'oppose ouvertement, dans des ouvrages comme Napoléon Le Petit, Les Châtiments, ou encore Le Dernier Jour d'un Condamné – pour ne citer que ceux-là, à l'empereur Napoléon III et à la peine de mort encore en vigueur.


La guerre, justement, expression de la dictature des puissants et de l'oppression des peuples ; de nombreux artistes engagés se sont servi de leur plume, de leur voix, ou de leur pinceau pour en dénoncer les horreurs. Dans Les joueurs de skat, La Guerre, ou encore Les Gueules Cassées, qui représentent des figures mutilées et ravagées par la guerre, le peintre allemand Otto Dix utilise son art comme un moyen de dénonciation, mais aussi un exutoire. Lui-même a été traumatisé par ce qu'il a vécu dans les tranchées. Picasso, de son côté, dans Guernica, nous livre une critique acerbe de la violence faite aux peuples et des dictatures européennes.


Plus récemment, l'art engagé s'exprime également à travers de nouvelles formes, plus modernes, dont les arts plastiques et le street art font partie. Qu'il s'agisse des objets du quotidien ou des figures-clés de la société, avec Andy Warhol, Niki de Saint-Phalle, et Mr Cute, ou encore de l'espace public, et des murs des grandes villes du monde, avec Banksy, Shepard Fairey, Combo, ou Miss Tic, tous prennent désormais vie entre les mains d'artistes qui n'ont pas froid aux yeux pour dénoncer les injustices de ce monde. De la société de consommation au pouvoir absolu de la politique, en passant par les discriminations de genre, le racisme, l'homophobie, les violences faites aux femmes, la faim dans le monde, ou encore le respect de l'environnement, les sujets d'indignation sont nombreux et variés.


FAUT-IL SÉPARER L'HOMME DE L'ARTISTE ?


Mickael Jackson, Roman Polanski, Woody Allen, Harvey Weinstein, ..., à chaque scandale mettant en lumière les comportements déviants des grands de ce monde, la question revient : peut-on véritablement continuer à apprécier les films/disques produits par ces individus coupables – ou soupçonnés – de faits légalement et moralement répréhensibles ? L’œuvre échappe-t-elle aux polémiques générées par son créateur ? En d'autres termes, l’œuvre est-elle capable de dépasser l'artiste pour entre dans une dimension supérieure ?


La tentation est grande d'évincer définitivement les éléments « perturbateurs » de la vie publique, tant les faits reprochés semblent contraire aux valeurs éthiques et morales de la société actuelle. Les boycotter, c'est s'indigner, c'est refuser de cautionner et de nourrir un modèle patriarcal qui voit la femme et/ou l'enfant comme un objet de désir sexuel. Après tout, consommer la création de ces individus au comportement condamnable, n'est-ce pas être partie prenante ? Lorsque que nous nous surprenons à danser et/ou chanter sur Beat it ou Thriller de Mickael Jackson, sommes-nous complice des actes immoraux de la pop-star américaine?


Et pourtant, si la question de la relation entre l’œuvre et l'artiste se pose, c'est que la réponse est loin d'être évidente. Malgré les actes de son réalisateur, Le Pianiste n'en reste-t-il pas moins un chef d’œuvre du cinéma contemporain ? D'un point de vue purement artistique, ne peut-on pas considérer la création en tant que telle, libre et puissante, plutôt que de l'associer systématiquement à la personne qui en est à l'origine ?


Ce débat sans fin – et certainement sans réponse –, Mr Cute s'en saisit avec brio. Sans cautionner ni prendre parti, le duo d'artistes plasticiens détourne, à sa façon, l'image iconique du Roi de la Pop pour dénoncer les violences faites aux enfants et la pédophilie. Drôle, un poil provocant, le résultat est une série de panneaux « sens interdit », colorés et relookés dans l'esprit street art, représentant Mickael Jackson avec une inscription grinçante « Attention ! Ne mets pas tes mains dans Mickael, tu risques de te faire pincer très fort », directement inspirée des avertissements bien connu du métro parisien.


ET DIEU CRÉA LA FEMME...


Les violences faites aux enfants ne sont pas le seul cheval de bataille du duo Mr Cute. Parfaitement conscient des inégalités de genres encore présentes dans la société, les deux artistes se sont également engagés dans le mouvement en faveur des femmes, à travers des campagnes d'affichage sauvage régulières dans les grandes villes du monde entier.


Il n'est pas rare de voir des artistes de tous horizons dénoncer les inégalités hommes-femmes persistantes, la vision simpliste de la femme comme objet sexuel, et la société patriarcale qui subsiste encore de nos jours dans notre société. Citons, entre autres, l'illustre Niki de Saint-Phalle, et ses créations ouvertement féministes, Miss Tic, pionnière du street art en France, et ses représentations de la femme fatale sur les murs de Paris, Panmela Castro, graffeuse brésilienne qui a fait sienne la devise « Women's rights are human rights », ou encore Lady Aiko, promesse du street art japonais, dont les œuvres mettent à l'honneur des femmes libres, puissantes, et glamour. Cela dit, alors que l'immense majorité des artistes défendant les droits des femmes sont, elles-même, des femmes, le mouvement artistique actuel en faveur des femmes manque cruellement de représentants masculins. Dans ce cadre, Mr Cute s'impose comme l'un des rares duos d'artistes masculins à prôner ouvertement l'émancipation et la liberté pour les femmes.


Pour cela, ils mettent à l'honneur des personnalités féminines fortes et influentes, plus ou moins connues et/ou médiatisées, parmi lesquelles Wangari Maathai, surnommée « la femme qui plantait des arbres », 1ère femme noire africaine à recevoir le Prix Nobel de la Paix (2004) et figure-clé du mouvement écoféministe au Kenya. Les deux frères rendent également hommage à la femme moderne, libre, affranchie, et indépendante, à travers une série d'affichages intitulée « Ni Dieu, Ni Mec».


Mais le combat pour les femmes de Mr Cute ne s'arrête pas là. Ainsi, dans une campagne d'affichage sauvage organisée à l'occasion du premier confinement, le duo de plasticiens n'hésite pas à dénoncer les violences faites aux femmes en placardant des panneaux et des cadenas dans les rues de Paris, à l'effigie d'un couple d'artistes tristement célèbre, Marie Trintignant et Bertrand Cantat. L'inscription « Loving Kills » ou « Aimer Tue » qui accompagne les œuvres fait évidemment allusion à l'assassinat de l'actrice par son compagnon en 2003.

L'explosion des violences intrafamiliale sont intolérable et insupportable ! Mr Cute

LES OPÉRATIONS CADENAS, SYMBOLE DES CAUSES JUSTES


Les causes à dénoncer et/ou pour lesquelles s'indigner sont nombreuses, et Mr Cute le sait. Outre leur engagement contre la pédophilie et les violences faites aux femmes, les deux frères s'unissent également à d'autres (nobles) causes, chères à leurs yeux.


Ainsi, sur le modèle des cadenas exposés sur les ponts de Paris, dénonçant le triste pouvoir de l'amour (Loving Kills), le duo d'artistes se plaît, au gré de ses voyages, à disséminer des cadenas grand format dans les rues des villes qu'ils traversent – Luxembourg, Madrid, Paris, Rennes, …. Des créations hautes en couleur, ornées de la signature pop-art caractéristique de Mr Cute, qui dénoncent sans tabou les injustices de ce monde, s'insurgent contre des faits d'actualité, ou encore mettent à l'honneur des causes justes et nécessaires.



C'est le cas, notamment, de l'opération cadenas réalisée en hommage à l'activiste homosexuel camerounais Roger Jean-Claude Mbede, condamné pour son orientation sexuelle et mort suite aux conditions de détention désastreuses, dans un pays où l'homosexualité est un délit passible de prison. L'art engagé, ici, prend encore plus de sens pour dénoncer les visions arriéristes de la société et tenter de bouleverser l'ordre établi.


Autre cause chère au cœur de Mr Cute, le soutien à la recherche pour les pathologies orphelines, et notamment la leucodystrophie – une maladie dégénérative, progressivement invalidante, dont souffre l'un des membres du duo. Là encore, les deux frères se sont lancés dans une campagne d'accrochage de cadenas grand format à l'effigie de Zinedine Zidane, le parrain d'honneur de l'association ELA qui lutte contre la leucodystrophie. Nouvelle preuve, s'il en est, que les artistes engagés ont bien un rôle à jouer pour faire de la société un monde meilleur.



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