DFace : un artiste Londonien hors du temps



Impossible de ne pas rester bouche bée en regardant les fresques de Dface. Ce coup de crayon vif quoique délicat… Cette appétence pour le style des comics des années 50… Cet amour de la couleur, très loin de la tendance minimaliste… Et surtout, cette pointe de noirceur que l’on devine derrière ces couleurs arc-en-ciel.

Comment fait donc Dface pour réinventer un style que l’on pensait connaître sur le bout des doigts ?

Artiste avant-gardiste, le créateur n’est pas du genre à renier ses racines. Il avoue lui-même : ayant bercé dans les dessins de Roy Liechtenstein et les revues d’Henry Chalfant, il a peu à peu marché dans leurs pas.

Même si son nom ne vous dit rien, vous avez sans doute déjà croisé l’une des œuvres de Dface. Avez-vous adoré la pochette de l’album Bionic de Christina Aguilera ? Fidèle collectionneuse des œuvres de Dface, elle a fait appel à lui pour se réinventer. Avez-vous déjà croisé le regard impudent de la jeune femme recouvrant l’une des tours du 155 boulevard Vincent Auriol ? Encore une autre création de Dface.

Avant la fin de cet article, vous réaliserez que les dessins du Britannique sont bien plus présents que vous ne le croyez…



Dface : un artiste de rue assez discret

On sait peu de choses sur celui qui se cache derrière Dface. D’un naturel discret, le talentueux dessinateur préfère rester loin des caméras, des appareils et des tapis rouges. Même sa date de naissance ne figure pas sur sa page Wikipédia, laquelle est par ailleurs peu fournie.

Eh oui, Dface est un expert au jeu du chat et de la souris…

Cependant, en dépit de tous ses efforts, quelques détails ont fini par fuiter. Premièrement, son nom de naissance est Dean Stockton. C’est en 1973 qu’il pousse son premier cri dans la cité brumeuse de Londres, ville qui n’a jamais perdu son affection.

Adolescent, Dface nourrissait le rêve de s’installer aux États-Unis. Déambuler les rues sur un skateboard au milieu de graffitis était sa vision de l’Éden.

À défaut de lui offrir un billet d’avion aller pour le pays de l’oncle Sam, sa mère lui fit cadeau d’un abonnement aux magazines Subway Art et Spraycan Art de l’Américain Henry Chalfant. Fourmillant de centaines de photos de graffitis new-yorkais, ces magazines font nourrir la passion du jeune Dean.


Friand de culture américaine, il pratique le skateboard quand il est adolescent et raffole du look punk. Une fois à l’université, c’est tout naturellement qu’il s’orientera vers des études d’illustration et de design. Brillant étudiant, il se lance dans la vie active à peine sorti de l’université. Cependant, le jeune Dean Stockton n’a pas l’intention de se contenter de la routine métro-boulot-dodo…

L’intégralité des bénéfices de cette vente ont été versées à la fondation Missing Tom, une organisation caritative créée 10 ans plus tôt lors de la disparition de son frère.

Dface : l’homme aux deux visages

À l’instar de Superman, le jouvenceau a deux visages que tous ne connaissaient pas. En journée, il est Dean Stockton, un illustrateur indépendant toujours tiré à quatre épingles. Mais une fois la nuit tombée, l’homme laisse tomber le masque… Il devient Dface, un artiste de rue dont les stickers colorés recouvrent les rues de Londres.

Versatile, il se sert aussi de la peinture en spray, de pochoirs, de posters que d’autocollants. Entre les mains de Dean Stockton Dface, de simples objets du quotidien se muent en véritables œuvres d’art.

Même si sa patte graphique évoque les comics des années 50, Dface se différencie par le look de ses personnages. Ici, pas de superhéros glorieux ou de pinups aux courbes ravageuses. Les protagonistes sont dysfonctionnels, étranges, bizarres.

Une version squelettique de Captain America… Une femme plantureuse qui danse une valve sensuelle avec un zombie en putréfaction… La reine Élisabeth II posant fièrement avec un anneau dans le nez… Créateur d’un style qu’il décrit comme aPOPcalyptic, Dface a un côté subversif qui fait les choux gras de la presse.

Très vite, son style unique attire les collectionneurs, les esthètes et lui vaut plusieurs succès.



Dface : à la rencontre du succès

Amoureux du beau, Dface fera l’acquisition de l’Outside Institute, la première galerie de Londres à se concentrer uniquement sur l’art de rue. En 2005, cette dernière sera remise au goût du jour et deviendra la Stolen Space Gallery.

C’est dans cet espace qu’il organisera sa première exposition personnelle en 2006. Baptisée Death & Glory, elle rencontrera un franc succès. Par la suite, il enchaînera avec Eyecons (galerie O Contemporary, mars 2007) laquelle se déroulera à guichets fermés.

Alors même que ses œuvres se vendent à plusieurs milliers de livres sterling chez Christies, Sothebys et Bonhams, Dface n’en oublie pas ses racines. Voyageur itinérant dans l’âme, il n’a de cesse de laisser son empreinte dans les rues de Londres ou d’ailleurs. Ouvrez grand les yeux. Peut-être apercevrez-vous l’un de ses dessins au détour d’une ruelle…

Pour l’artiste aux multiples talents, aucun défi n’est trop grand. En 2010, il réalise la pochette de l’album Bionic de la chanteuse pop Américaine Christina Aguilera. Entre 2015 et 2018, il redonne leurs lettres de noblesse à deux immeubles parisiens situés respectivement à la place Pinel et au 155 boulevard Vincent Auriol.

En 2013, à l’occasion de l’exposition Art Wars, il transforme un casque de storm trooper en œuvre d’art. L’intégralité des bénéfices de cette vente ont été versées à la fondation Missing Tom, une organisation caritative créée 10 ans plus tôt lors de la disparition de son frère.

En 2016, il dessine la pochette de l’album Blink-182 California avant de disparaître de la scène publique.

Quand ce maître de l’évasion se décidera-t-il à apparaître de nouveau ?

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