- 23 févr. 2021
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 nov. 2021

En 1989, une affiche fait sensation dans les rues new-yorkaises en mettant en avant l’inégalité entre les artistes masculins et féminins. Le message est clair : « Faut-il que les femmes soient nues pour entrer au Metropolitan Museum ? Moins de 5% des artistes de la section d’art moderne sont des femmes, mais 85% des nus sont féminins ».
Cette prise de conscience, c’est l’œuvre des Guerilla Girls, groupe militant pour le féminisme et contre le racisme.
Aujourd’hui, les pourcentages n’ont pas beaucoup évolué. Au Louvre, sur les 4 463 artistes permanents, moins de 7% sont des femmes (source Slate.fr, juin 2020).
Heureusement, de nombreuses initiatives voient le jour pour accorder aux femmes la place qu’elles méritent dans le monde de l’art.
Partez à la rencontre de quelques-unes de ces créatrices qui, par leurs œuvres, contribuent à changer le monde, et pas seulement celui de l’art !
Où sont les femmes ?
Les choses changent. Les mentalités évoluent. Les femmes s’émancipent et se battent depuis longtemps pour obtenir une égalité qui leur est normalement due.
Mais il n’est pas si loin le temps où le monde de la création restait inaccessible à la gent féminine ! En effet, à une certaine époque, seuls les hommes pouvaient profiter des formations artistiques qui voyaient le jour.
Se souvient-on d’artistes féminines pendant la Renaissance ? Non. Et pour cause ! La femme était avant tout une mère et une épouse. Certes, ces rôles avaient leur importance pour l’équilibre familial et le bon fonctionnement de la société. Mais que devenait la femme taraudée par l’envie de s’exprimer ?
Avant que la société lui laisse plus de place pour s’exprimer en tant qu’artiste, la femme était une inspiration, un modèle, un sujet. Parfois même une muse !
Pour résumer : la femme était l’objet, l’homme était le créateur.
L’image de la femme dans l’art

Des Vénus préhistoriques aux déesses égyptiennes, de l’art grec à l’art byzantin, la femme est présente partout depuis que l’homme sait révéler son talent.
À partir de la Renaissance, c’est le corps de la femme qui est mis en avant, de manière totalement idéalisé.
Au fil des siècles, la silhouette féminine reste le thème principal mais elle s’arrondit. Les formes deviennent plus voluptueuses, pas toujours réalistes mais fantasmées par l’homme.
Arrive alors le XXème siècle, et avec lui Frida Kahlo. Cette peintre mexicaine devient l’icône d’une nouvelle génération d'artistes en réalisant ses auto-portraits. La femme devient enfin maîtresse de sa propre représentation. Elle contrôle son image.
Un mouvement féministe commence à prendre de l’ampleur, dont Niki de Saint-Phalle est une figure de proue avec ses « Nanas » aux formes généreuses et aux postures dansantes.
Depuis, dans l’art contemporain, l’image de la femme n’a de cesse d’être désacralisée. En phase avec l’époque et la réalité, les œuvres ne cherchent plus systématiquement à idéaliser la mère ou à fantasmer l’amante.
Est-ce dû à l’émergence des artistes féminines fortes et libres, au fil de toutes ces années ? Ou à l’évolution lente mais constante des mentalités ? Sans doute un peu des 2…
Entre colère et engagement
Niki de Saint-Phalle fait partie de ces artistes qui participent activement au changement du regard porté sur la femme. Elle lutte avec son talent contre l’injustice que subit la gent féminine. Au début des années 60, elle l’exprime au travers de sa série des « Tirs » : l’artiste tire à la carabine sur des poches de peinture fixées sur des toiles. Ces tableaux sont comme une catharsis, une libération ! Les mises en scène sont de plus en plus impressionnantes et font l’objet d’événements culturels.
Seule femme du groupe des Nouveaux Réalistes, son travail s’adoucit au fil du temps en même temps que Niki s’épanouit dans sa vie d’artiste. Il aboutit à la célébration de la femme moderne avec sa série des « Nanas ».
En 1977, l’artiste Orlan secoue le monde de l’art en faisant entrer de force l’une de ses œuvres au Grand Palais de Paris. Le baiser de l’artiste, tel est le nom de cette sculpture de 2 mètres de long qui symbolise un stéréotype que Orlan veut dénoncer. D’un côté la femme sainte, de l’autre la prostituée. Les réactions sont unanimes : c’est un scandale ! Orlan en perd son emploi mais fait mouche ! 30 ans plus tard, son œuvre est à nouveau exposée au même endroit, mais cette fois avec les honneurs !
Photographies de magazines ou de publicités détournées, marquées par des slogans percutants et parfois agressifs… Le talent de Barbara Kruger est reconnu depuis les années 80. Elle prend pour cible la société de consommation, tout en défendant les minorités. Si elle refuse l'étiquette d’artiste politique, elle reconnaît lutter « contre les certitudes établies telles que j’ai raison et toi t’as tort, OK ? ».
Femmes libérées
Dans le milieu du street art, Miss Tic réussit à laisser son empreinte dans un monde jusqu’alors très masculin. Avec ses bombes de peinture, elle couvre les murs de Montmartre, du Marais ou de Ménilmontant d’images de femmes sûres d’elle, libres et affirmées ! Son pseudo en référence à la petite sorcière du Journal de Mickey devient vite la signature d’œuvres dans lesquelles la femme n’est plus une marchandise. Miss Tic joue avec les mots et transforme des phrases toutes faites en messages percutants.
Une illustration ? « Je joue oui » !

Si elle est arrêtée en 1997 en raison de ses bombages, alors symbole d’une délinquance grandissante, son art est ensuite reconnu et exposé dans les années 2000 dans de nombreuses galeries.
Lady Aiko compte aussi parmi les artistes de rue, tout comme Miss Tic, mais avec son style bien particulier. Sans revendication d’aucune sorte, ses œuvres mettent souvent sur le devant de la scène des femmes puissantes, indépendantes et glamours. D’origine japonaise, sa culture a une place prépondérante dans son travail. Dans son art, l’amour et la beauté n’occultent en rien les difficultés rencontrées au quotidien par les femmes.
Érotisme, féminisme… la touche de Aiko Nakagawa est facilement reconnaissable !
Nostalgie contemporaine
À partir d’images existantes, Sara Cwynar s’amuse avec tout ce qui est considéré comme kitsch. Née dans les années 80, cette jeune artiste travaille sur le pouvoir des images. Par la technique du collage et de la superposition de ces images ou de photographies, elle invite à réfléchir sur la consommation et l’impact du visuel dans notre société.
Avec d’autres techniques, Sondra Perry s’interroge sur la notion de race, sur l’histoire afro-américaine en général et l’identité des femmes noires en particulier. Issue elle aussi de la génération Y, elle utilise la photographie et la vidéo pour faire passer ses messages avec cet art africain en plein essor. En 2018, lors de sa première exposition européenne, elle associe le son à des images numériques dans son œuvre submersive Typhoon Coming On, sur l’abolition de l’esclavage.

Dans l’art, comme dans tous les domaines, la femme a du faire preuve de détermination, de ténacité et de courage pour prouver qu’elle avait sa place.
C’est encore le cas aujourd’hui, même si le monde semble évoluer dans le bon sens.
Si le chemin est encore long, de nombreuses artistes émergentes suivent la voie tracée par d’autres depuis maintenant plusieurs années.
Mais peut-être que la victoire sera totale dès lors que l’on ne fera plus la différence entre les « artistes » et les «artistes féminines » ?
- 17 févr. 2021
- 5 min de lecture

Pour le commun des mortels, le pop art est ce courant esthétique où les couleurs vives et lescaléidoscopes sont de mises. Sur des toiles vierges ou des matériaux high-tech, la réalité est revisitée, redorée, magnifiée.
Campbell's Soup Cans d’Andy Warhol, Look Mickey de Roy Lichtenstein, I was a rich man’s plaything de Sir Edouardo Paolozzi, … Entre les mains d’artistes de talent, les objets du quotidien et les codes urbains prennent une toute autre saveur. Seulement voilà… Il faut plus que des couleurs flashy pour se prétendre artiste pop. Né dans les années 50, ce mouvement exubérant est porteur d’un message d’égalité.
L’histoire du pop art
Dans les années 1950, de plus en plus de créatifs questionnent l’élitisme des œuvres artistiques. Architectes, peintres, sculpteurs… Dans leurs esprits, une multitude de questions se bousculent : comment permettre à chaque citoyen d’avoir un bout d’art chez soi ?
Heureuse coïncidence : la société de consommation leur sert sur un plateau des techniques telles que la sérigraphie ou l’acrylique qui permettent de produire aisément une œuvre en série. Petit à petit, les contours de ce qui deviendra l’un des plus grands courants artistiques mondiaux prennent forme.
À partir de 1947, Edouardo Paolozzi commence à découper des images dans les magazines pour en faire des collages.
En 1954, lors d’une réunion de l’Independent Group, John McHale emploi deux mots qui resteront gravés dans les mémoires : pop art. Abréviation de "popular art" (ou art populaire en française), cette expression sera désormais utilisée pour désigner ce courant artistique.
Dans les locaux de l’Institute of Contemporary Arts (ICA), le pop art gagne progressivement ses lettres de noblesse. À partir de 1947, Edouardo Paolozzi commence à découper des images dans les magazines pour en faire des collages. Autre père fondateur du pop art anglais, Sir Richard Hamilton était réputé pour ses créations à la croisée de l’art et de la publicité.
Vers la fin des années 1950, le pop art débarque aux États-Unis et prendra son envol grâce à des artistes à l’instar de Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg et bien évidemment, Andy Warhol.
Caractéristiques du pop art
En 1957, Sir Richard Hamilton dit du pop art qu’il s’agit d’"un art populaire destiné aux masses, éphémère, à court terme, consommable, facilement oubliable, produit en série, peu coûteux, jeune, spirituel et sexy".
En quelques mots, l’artiste est parvenu à capter l’essence même du pop art. De fait, une observation minutieuse permet d’y retrouver chacun des éléments susmentionnés.
Revisiter les procédés industriels
Pour marquer son temps, Vladimir Kush se servait d’une palette de peinture. Elgin se servait de mazza et autres instruments pour sculpter le marbre. Auguste Renoir pouvait compter sur sa maîtrise des pinceaux.
Malgré des champs d’action différents, tous ces arts avaient une chose en commun : leurs outils et techniques étaient utilisés à des fins purement esthétiques. Dans le pop art, c’est une toute autre histoire…
Pour produire en grande quantité, ces néo-artistes reprennent les pratiques couramment utilisées dans les grandes industries. Dans leurs ateliers, peinture acrylique et écran de sérigraphie règnent en maîtres absolus.
Pointées du doigt par certains critiques, ces méthodes ont pourtant un avantage de taille : elles mettent un terme définitif au phénomène de "l’œuvre unique".

Oser les techniques mixtes et les collages
Une autre caractéristique majeure du pop art, c’est l’hétérogénéité de sa matière.
Refusant de limiter leurs champs de possibilités, les artistes pop n’ont pas peur de mettre leurs mains dans le cambouis. Sur une même œuvre, il est possible de voir de la résine, du caoutchouc et l’argile côtoyer allégrement du plastique. Eh oui, le pop art a un côté décalé parfaitement assumé.
Outre les matériaux, les artistes pop sont connus pour être polyvalents. Alors que Vincent Van Gogh n’a exprimé son talent qu’au-travers de ses toiles, Andy Warhol a enfilé les casquettes de peintre, producteur musical, auteur et même vidéaste.
Véritable touche-à-tout, le pop puise dans les courants existants pour composer des mélanges qui laissent pantois. Que ce soit en termes de matériaux utilisés ou de médias employés, les artistes pop se fondent avec une aisance déconcertante dans les nouveaux environnements.
Démocratiser le beau
Par définition, le pop art s’attèle à toucher le maximum de personnes. Les pièces sont produites en dizaines voire en centaines d’exemplaires grâce à l’usage de procédés industriels.
Un des exemples les plus marquants est la suite de sérigraphies crée par Andy Warhol à la suite du décès de l’actrice Marilyn Monroe. Fascinée par la diva, l’artiste Américain fut profondément marqué par la mort de celle qu’il considérait comme la personnification de la culture pop.
Peu avant son décès, Marilyn Monroe avait pris la pose devant l’appareil photo de Gene Korman. Ce cliché, originalement destiné à être utilisé pour le film "Niagara" sera propulsé sur le devant de la scène grâce au travail acharné d’Andy Warhol.
En 1976, son entreprise, the Factory Addictions, crée 10 sérigraphies avec la même image mais dans des teintes différentes. Ces dernières seront produites en 250 exemplaires, une chose inimaginable quelques années plus tôt.
Reprendre les codes urbains
Le pop art ne se veut pas prétentieux. Proche du commun des mortels, il s’adresse à son public dans un langage que ce dernier comprend aisément. Est-ce véritablement surprenant étant donné qu’il s’agit du sien ?
En pop art, les codes de la culture urbaine sont au cœur du processus de création.
Dès le premier regard sur les tableaux peints par Roy Lichtenstein, la ressemblance avec les comics saute aux yeux. À une époque où les superhéros faisaient rêver petits et grands, l’artiste Américain a repris les codes de ces univers fantastiques.
Dans "Crying girl", le coup de crayon et les couleurs utilisées renvoient l’impression d’une image sortie d’un numéro de Batman. Cette sensation est encore plus forte dans des toiles telles que "Girl with hair ribbon", "Oh, jeff… I love you, too… but" ou "nurse".
Malgré le temps qui passe, les caractéristiques du pop art sont restés immuables. Encore aujourd’hui, les héritiers d’Andy Warhol ou de Sir Richard Hamilton se font un devoir de respecter ces règles à la ligne.

Les enfants du pop art
Cela fait 70 ans que le pop art se balade dans les salons et galeries du monde entier. En dépit de débuts difficiles, il a su trouver son public et séduire les critiques d’art. Aujourd’hui, nombreux sont les artistes qui ont emprunté cette voie.
Au Japon, Keiichi Tanaami est réputé pour ses tableaux uniques en leur genre, sur lesquels il n’est pas rare de voir Betty Boop côtoyer des poissons rouges titanesques. Revendiquant allégrement l’héritage culturel d’Andy Warhol, Takashi Murakami connaît un succès mondial en emmenant le public dans un univers kawaï et fleuri.
Aux États-Unis, la peintre Margaret Keane a connu un succès démentiel avec ses Big Eyes. Ses peintures représentant des enfants aux grands yeux ont été reprises sur une multitude de supports (t-shirts, plats, gadgets, etc.), lui permettant ainsi de toucher une large audience.
Face à tous ces talents, fort heureusement, la France n’a pas à rougir. Fraîchement débarqués sur la scène pop art, les deux frères derrière Mr Cute séduisent par la fraicheur de leurs œuvres et leur côté audacieux.
Passionnés par les années 80, ils mettent en scène les héros de l’enfance dans des diapositives colorées. Sous leur influence, Albator et Goldorak deviennent des séducteurs invétérés, des boxeurs motivés ou se délassent dans un bain de mousse.

Mr Cute
Mais ce n’est pas tout… Sensibles, ils font revenir à la vie des âmes disparues telles que Mickaël Jackson, Marilyn Monroe ou même Serges Gainsbourg. Attention cependant… Hors de question pour le duo d’artistes émergents de sombrer dans la mélancolie. Fidèles à leur devise "Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? Stop waiting for Friday !", c’est toujours avec beaucoup de vivacité qu’ils rendent hommage à ces héros disparus.
- 10 févr. 2021
- 2 min de lecture
À l’occasion de la Saint-Valentin, Mr Cute, le duo d’artistes made in France, a décidé de célébrer l’amour à sa façon. Depuis le 8 février 2021, les Parisiens peuvent admirer un cadenas géant rendant hommage au décès tragique de l’actrice Marie Trintignant aux Abesses à côté du "Mur des Je t'aime". Le 1er août 2003, l’actrice Marie Trintignant rendait son dernier souffle sur son lit d’hôpital à Neuilly-Sur-Seine. Trois jours plus tôt, la belle brune avait été sauvagement battue par son compagnon, Bertrand Cantat. S’il était de notoriété publique que le leader du groupe Noir Désir avait une part d’obscurité, personne n’aurait deviné qu’il puisse aller aussi loin… Malheureusement, le cas de Marie Trintignant est très loin d’être isolé. En France, selon les derniers chiffres du Ministère de l’Intérieur, une femme meurt sous les coups de son partenaire tous les deux jours et demi. Parfois, aimer tue… Littéralement.

Le 14 février, les personnes abusives revêtiront leurs plus beaux masques faciaux. Quel meilleur jour que la Saint-Valentin pour dire non aux violences infligées sous couvert de l’amour ? Que les roses, les chocolats et les paroles mielleuses ne fassent pas oublier aux femmes les bleus et les humérus brisés…
Une femme meurt sous les coups de son partenaire tous les deux jours et demi.
Se présentant sous la forme d’un cadenas mesurant 100 cm x 80 cm, l’œuvre "aimer tue" est un cri du cœur.

Mesdemoiselles, mesdames, n’attendez pas un lever de soleil qui ne viendra jamais. Au-travers de leur slogan "Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? Stop Waiting For Friday !", les frères à l’origine de Mr Cute invitent à reprendre le contrôle de sa vie.
Pour les femmes victimes de violence conjugale, le message véhiculé par "aimer tue" est clair : quittez-le au risque de connaître le destin tragique de Marie Trintignant.
Il est possible de faire l’acquisition du cadenas "aimer tue" sur le site internet mr-cute.com.




