ON AMÈNE LA RUE JUSQU’À VOUS

Récupérer, Réutiliser,

Créer


Controversé, souvent regardé de haut, l’art de la rue a longtemps été pointé du doigt. Avant d’être reconnu à sa juste valeur, ce moyen d’expression en aura vu des vertes et des pas mûres. Et pourtant, comme nombre de courants, c’est l’amour qui a écrit le premier mot de son histoire…

Philadelphie. 1960. Sur des pans de mur éméchés, un message : Cornbread Loves Cynthia. À l’origine de ce graffiti, Cornbread, un artiste incroyablement talentueux mais souffrant d’une timidité monstrueuse. Aidé de son comparse Cool Earl, il s’évertue à déclarer à sa belle Cynthia sans pour autant se dévoiler.


Ces artistes qui récupèrent des objets dans la rue pour en faire des œuvres d’art

Dans la rue, chaque jour, des centaines de personnes laissent un bout d’eux-mêmes. Un bouton qui se dégrafe… Un nœud qui se détache et tombe à même le sol… Un téléphone qui finit dans une benne à ordures… Chaque être humain laisse son empreinte dans l’espace qu’il traverse.

Pour certains artistes, ce phénomène est une vraie mine d’or. Adeptes du détournement d’objets, ils collectent ces babioles et les métamorphosent en véritables œuvres d’art. Entre leurs mains, ce qui n’était qu’un objet sans intérêt devient un bijou, une sculpture ou un tableau en relief.


Du panneau de signalisation à la boite aux lettres, Tout se récupère !

Jamais personne n’aurait pensé un jour avoir chez lui un panneau de sens interdit ou une brique prise dans la rue. Il est maintenant possible d’avoir une partie de rue chez soi : la rue vient à nous.











Vincent Duchêne :

Le fameux Jerrycan de Vincent Duchêne.

Cette sculpture en acrylique et résine est faite à partir d’un jerrycan d’essence.

Vincent DUCHENE est un Sculpteur et créateur français. L’artiste s’approprie des objets de la vie courante pour les détourner et les transformer afin de créer des œuvres contemporaines dans le but de dénoncer la production de masse.










Mr Cute :

Le duo de frères Mr Cute à travers l’œuvre se pose la question de savoir s’il faut séparer l’homme de l’artiste lors d’un accrochage dans Paris. "Ne mets pas tes mains dans Mickael !" Il s’agit de leur première œuvre 100% street art sur un vrai panneau de signalisation. Cette œuvre glacée et originale de 56 cm est réalisée sur un vrai panneau.











Nik Gentry :

Nostalgique des débuts de l’informatique, l’artiste Britannique Nik Gentry s’est spécialisé dans la récupération des disquettes. Prémices des clés USB, ces supports de stockage bénéficient d’une nouvelle vie grâce à Nik Gentry.

Jouant sur les couleurs et les formes, le créateur est en mesure de concevoir des portraits d’un réalisme à couper le souffle. Outre les disquettes, l’artiste a fréquemment recours aux pellicules de film, aux cassettes VHS et même aux films radio. Son appétence pour les anciens matériels informatiques apporte un cachet particulier à chacune de ses créations.












Zenoy :

La poutre de la Tour Eiffel ou le pavé parisien rose sont deux des nombreuses créations de l’artiste Zenoy. Le graffeur Zenoy a marqué le paysage urbain, en taguant son nom sur les métros, murs, boites aux lettres. C’est ainsi qu’il se fait une place dans le milieu artistique. L’artiste intègre par la suite de nombreuses galeries qui lui donnent l’occasion de réaliser de nombreuses collaborations.


Ces artistes qui ont troqué la rue pour les galeries d’art

À leurs débuts, rares étaient les artistes de rue qui auraient eu le courage de pousser la porte d’une galerie d’art. Depuis, les choses ont changé… Devenu extrêmement tendance, le marché du street art s’embourgeoise et devient extrêmement lucratif.


Comme Zenoy, l’un des exemples les plus frappants, c’est le succès commercial de Kaws. Né le 4 novembre 1974 à New-Jersey, aux États-Unis, celui qui réalisait des graffitis dans la rue est aujourd’hui un homme fortuné. Entre jouets pour adultes et reprises d’icônes populaires, ces créations se vendent comme des petits pains.

En 2019, ArtPrice, une galerie d’art que l’on ne présente plus, a écoulé 712 de ses œuvres. En avril 2020, un de ses tableaux s’est vendu à 13,3 millions d’euros. En dépit d’un prix de vente individuel de 836 000 dollars USD, sa collection de figurines s’est écoulée en à peine quelques heures.

Uniqlo, Nike, Comme des garçons, … Même les plus grandes marques n’ont pas pu résister au coup de pinceau du créateur Américain.

Révolue est l’époque où les galeries d’art fermaient leurs portes au monde de la rue. Aujourd’hui, ces artistes contemporains sont les chouchous des collectionneurs.



Dérober des œuvres de street art, est-ce du vol ?

Revente, œuvres gratuites, les vols sont assez fréquents dans le monde du street art.

Qui sont les voleurs et pourquoi voler les œuvres ? Les amateurs d’art mais également les revendeurs sont les habituels voleurs. Les artistes qui subissent le plus de vols sont Bansky ou Invider. Souhaitant garder l’anonymat, Bansky ne portera jamais plainte. Le risque de se faire voler, recouvrir, détériorer fait partie du jeu de street arteur.

En janvier, l’hommage que Bansky rendait aux victimes des attentats du 13 Novembre fut volé. Par ailleurs, il réalise un rat sur les murs du Centre Pompidou qui fut également dérobé. Le centre Pompidou porta plainte contre X.


A Londres, en 2013, la façade d’un mur est découpée par un homme pendant la nuit. Il vole de cette manière le street art de Bansky : « slave work ». Elle sera par la suite mise en vente dans une galerie à Miami pour la somme de 500 000 $. Depuis cet évènement, la mairie de Londres protège les œuvres du street arteur avec des plexiglas.


Ce n’est pas vraiment dans la culture du street art de porter plainte »

La question qui se pose est de savoir si l’œuvre appartient au propriétaire des murs ou à l’artiste. La principale difficulté vient de la partie juridique. L’artiste est propriétaire de son idée et des droits associés à son œuvre explique Jean Aittouares, avocat spécialiste des œuvres d’art.

En clair : l’œuvre appartient au propriétaire du mur mais il ne peut pas décider de la retirer puisque cela la dénaturerait. Cependant le fait de détériorer le bien d’autrui fait que de nombreux propriétaires effacent les œuvres.


L’art à portée de main

Une autre manière d’amener les rues jusqu’à vous est le digital. Par exemple via des applications, des jeux concours …

Invader lance en 2014 son application FlashInvider. Le jeu consiste à photographier chaque mosaïque de l’artiste et à les « collectionner » sur son téléphone.

Impossible de connaitre la localisation de chaque création sur internet, à nous de bouger !

Les utilisateurs sont plus de 200 000 et âgés entre 7 et 80 ans.


L’artiste JR, mondialement connu crée un art infiltrant. Il ne met pas de barrières entre l’artiste et le spectateur. Invité par le Louvre en 2016, JR met à jour les fondations. Pour cela il utilise la technique de collages et un procédé d’anamorphose (image déformée) qu’il maitrise à la perfection. Il revient à Paris en 2021 pour installer un canyon au pied de la Tour Eiffel. Ce trompe l’œil éphémère a su émerveiller les parisiens pendant un court instant. JR amène ensuite son art chez vous grâce à la vente de photo d’art éditée en série limités.


Mr Cute avait également lancé un concours dans les rues de Paris sous forme de cadenas avec un code QR à scanner. À la clef : un tableau de l’artiste à gagner.


Le street art permet d'obtenir un retour du public immédiat. L'art dans la rue ne laisse personne indifférent. Il choque parfois, étonne, agace, bref son succès vient de son effet impactant. Cependant, cela touche un public plus restreint. Le public ne s'y est donc pas trompé, il est au rendez-vous de chaque exposition centrée sur le street art. Victime de son succès, le street art s'est académisé et il est entré dans des formats plus mercantiles sous l'impulsion des galeristes. Cela rapproche les amateurs d'art de ces artistes jadis plus underground. On n’achète pas seulement une œuvre de la rue, désormais on achète un bout d'"interdit" !