Blek Le Rat : le rongeur Parisien qui a succombé aux graffitis et aux pochoirs

Mis à jour : févr. 23

Banksy dit de lui qu’il est l’un des artistes les plus talentueux que la planète ait jamais porté. Quand il est en proie aux doutes, l’artiste Anglais se demande : "que ferait Blek Le Rat à ma place ?"


Blek Le Rat n’est pas un graffeur comme les autres…


Malgré sa nature timorée, il n’a pas peur de s’engager pour les causes qui lui tiennent à cœur.

Quand la journaliste Florence Aubenas est tombée entre les mains des terroristes Irakiens, Blek Le Rat a inondé la ville de Paris de centaines de portraits de soutien. Quand le collectif Vive La Peinture (VLP) a décidé de se battre pour la reconnaissance de l’art urbain, il a répondu présent.

Blek Le Rat est l’un de ces artistes dont le visage est peu familier mais dont les œuvres sont connues de tous. Prêt à entrer dans la taverne de ce rongeur rusé ? Attention, vous n’en sortirez pas indemne…



Une enfance dans un milieu collet monté

En 1951, la famille Prou accueille un petit garçon : Xavier. À ce moment, personne ne se doute que le garçonnet deviendra un jour Blek Le Rat… Il est même fort probable que nul n’aurait pensé que Xavier Prou entamerait une carrière de graffeur.

Sa mère, fille de Diplomate, est une femme gracieuse qui lui apprend à bien se comporter en société. Son père, un architecte avant-gardiste, lui transmettra l’amour du beau, des arts et des cultures étrangères.

En 1972, Xavier Prou marche dans les pas de son père en entamant des études d’architecture à l’école des Beaux-Arts. Pendant son temps libre, il est un habitué de l’atelier de gravure "Lucien Couteaud" et du centre de lithographie "atelier Dayez".

Au bout de quatre ans d’étude, il obtient son Diplôme Supérieur d’Arts Plastiques (DSAP), lequel le pousse à entamer un cursus l'unité pédagogique d'architecture 6 "Paris La Villette".

Sur le papier, le parcours académique de Xavier Prou est indéniablement brillant. Cependant, force est de constater qu’il ne laisse pas transparaître sa métamorphose en Blek Le Rat. Pour remonter aux origines de l’artiste, il faut faire machine arrière en 1971 lors d’un voyage inoubliable dans la cité qui ne dort jamais…


1971 : bienvenue dans la grande pomme

New-York. 1971. Au détour d’une ruelle, Xavier Prou aperçoit une multitude de graffitis. Sauvages, ils ne s’excusent pas d’être là… Engagés, ils dépeignent la réalité de ceux qui les ont dessinés…

Dans le métro, sur les terrains de basket, sur les immeubles des districts, les graffitis dessinés au marqueur s’affichent sans vergogne. Sur ces murs aux mille et un visages, Xavier Prou découvre différentes facettes du graffiti.

Tantôt prenant la forme d’une signature surmontée de couronnes, tantôt se représentant sous forme de lettrages, ces tags transporteront le jeune Xavier Prou dans d’autres univers. Volutes, multicolores, les créations de ces jeunes talents séduisent le jeune Français.

Certes, en 1968, un vent de revendications sociopolitiques avait soufflé sur Paris. Sur les murs de la Ville Lumière, des dessins s’affichaient timidement mais l’effervescence française était loin d’égaler celle des États-Unis.

Le jour où Xavier Prou a croisé ces illustrations, la graine du graffiti a été planté dans son esprit. Elle mettra dix ans à germer…


Photo author : Kevin Collins from Palo Alto, US

Description : Xavier Prou (Blek le Rat) signing his books (November 20, 2011)

1981 : la naissance du collectif Blek


En 1980, Xavier Prou est rompu aux techniques d’architecture. Grâce à son cursus et à des formations complémentaires, il maîtrise aussi bien les techniques de l’eau-forte que la lithographie et la sérigraphie.

Au cours de cette année, il décide d’aider l’un de ses amis proches, Gérard, à gérer un terrain d’aventure à destination des enfants. Fascinés par la peinture, les bambins amenaient régulièrement des pots de peinture sur le site, pour le plus grand bonheur des organisateurs.

À chacun de leurs passages, les murs arboraient un nouveau visage. Comme s’il s’était agi d’un cycle éternel, les graphiques allaient et venaient au rythme des envies des tout-petits. Spectateurs de la scène, Gérard et Xavier se rappelèrent de leur amour du graffiti…

En 1981, les deux amis décidèrent de passer à l’action. Leur cible ? Un immeuble en ruines du 14e arrondissement, rue des Thermopyles. Ce fût un échec retentissant. Loin de baisser les bras, Xavier Prou eût une idée : se servir d’un pochoir pour exprimer leur art.

Une fois la technique trouvée, le duo de fripons décida de se donner un nom : Blek, en hommage à un protagoniste de la série Blek Le roc.

Pendant deux ans, les deux amis peignent des fresques sur les murs des 14e et 18e arrondissements. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin.


1983 : Blek Le Rat prend son envol

Suite à des événements indépendants de sa volonté, Gérard quitte le groupe. Resté seul, Xavier Prou se donne le surnom qui lui colle encore à la peau aujourd’hui : Blek Le Rat.

Pour rester motivé, le jeune artiste se lance un défi : créer un homme grandeur nature.

En mars 1983, le journal Libération lui sert un modèle sur un plateau. À la une du journal, figure un vieil Irlandais portant un béret se dresse droit comme un piquet. L’énergie qui émane de lui convint immédiatement Blek Le Rat. Il le reproduira sur les murs d’une dizaine de villes françaises.

Buster Keaton, Charlot le vieux… Médias et populations l’affublent de surnoms tous plus originaux les uns que les autres.

Ravi par ce succès, Blek Le Rat créera d’autres personnages emblématiques tels que Tom Waits, le garçon en culotte courte, Andy Warhol et la femme en porte-jarretelles. Il reprendra aussi des œuvres célèbres telles que la Vénus de Milo.

En 1984, il est ravi de trouver les graffitis de Marie Rouffet et de Surface Active à côté des siens. Un mouvement est en train de naître…


De 1991 à aujourd’hui : les montages russes de l’artiste

Été 1991. Alors qu’il peint au pochoir sur l’un des murs des Champs-Élysées, Blek Le Rat est arrêté par la police municipale. Poursuivi en justice, il sera coupable de dégradation de biens appartenant à autrui et devra payer une amende considérable.

Blessé dans sa chair, l’artiste décide de ne plus peindre à même les murs. À compter de cette date, Blek Le Rat peindra sur des affiches, lesquelles seront ensuite appliquées au mur. Pire encore… Il cesse d’exposer dans les galeries jusqu’en 2001.

Pour ses fans, c’est le choc. En effet, nombreux étaient ceux qui prenaient plaisir à admirer les œuvres de Blek Le Rat lors d’expositions.

Avant son arrestation, le graffeur avait été mis en avant dans la galerie Loft, la galerie "Jean Paul Christophe" puis à la galerie Sanguine. En 1985, il avait pris part au premier rassemblement de graffiti et d’art urbain aux côtés d’autres grands noms du street art tels que Miss.Tic et Futura 200.

À compter de 2001, Xavier Prou remonte en selle. Dès lors, il expose à la galerie Jurgen Grosse (Berlin) et est mis en avant dans le musée du Graffiti à Paris, L'Aérosol, Maquis-art Hall of Fame13 et à l'exposition "Conquête urbaine" au Musée des Beaux-Arts de Calais en 2019.

Citoyen du monde, Blek Le Rat a laissé ses empreintes dans de nombreux pays. Peut-être tomberez-vous sur l’un de ses graffitis lors de votre prochain voyage à Berlin…

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