Agnès B : l’âme d’un mécène de l’art

Dernière mise à jour : 2 mai



Son franc-parler lui a valu bien des soucis… Son illustre cardigan à pression en a fait une icône de la mode… Son parcours de vie héroïque l’a poussé à être le bouclier de ceux qui ne peuvent se défendre… Et dans toute cette déferlante d’événements, elle est parvenue à développer une connaissance impressionnante du monde de l’art.

Oui… Agnès Troublé, plus connue sous l’alias d’Agnès B., est une vraie héroïne des temps modernes.

Déjà aujourd’hui, les contes de son existence se racontent dans les écoles de mode, les galeries d’art et sur internet. Et pour une fois, l’histoire ne commence pas par "il était une fois…". Même si les versions très souvent, les premiers mots que proposent le narrateur sont "c’est le 26 novembre 1941 à Versailles…". Êtes-vous prêt à entendre la suite de ce récit fantastique ?



Petite princesse grandit trop vite


En interview, Agnès B. s’amuse de son lieu de naissance. "Je suis né à 150 mètres environ du château de Versailles". C’est toujours avec un sourire mutin qu’elle évoque les balbutiements de son existence.

Née dans une famille assez aisée, Agnès Troublé poussera son premier cri le 26 novembre 1941 à Versailles, dans le département de Seine-et-Oise. Oui… À quelques mètres près, elle aurait pu se vanter d’être née au même endroit que le fils du roi Soleil.

Même si les soucis d’ordre financier ne sont pas à l’ordre du jour, la pétillante Agnès regrettera néanmoins de ne pas être proche de sa mère. Cette dernière, assez froide, met de la distance avec sa fille dès que celle-ci a quatre ans. En plus de lui imposer le vouvoiement, elle passe le moins de temps possible à ses côtés.

Heureusement pour Agnès, son père ne se fatigue jamais de sa présence. Amoureux de l’art, il l’emmènera visiter le palais de Versailles ou explorer l’histoire au-travers des peintres de la Renaissance de Toscane. Surnommée "agneau", la petite fille danse au rythme des symphonies classiques et se prend d’affection pour les peintres mythiques.

Et là, une ombre viendra obscurcir ce tableau… Alors qu’elle n’est qu’une adolescente, la jeune Agnès sera victime d’attouchements sexuels de la part d’un de ses oncles. Cet événement laissera en elle une blessure si profonde qu’elle basculera dans l’obscurité.

Pour exprimer sa peine, elle deviendra une adolescente troublée. Par rébellion et dans l’espoir de retrouver ses ailes, elle se marie à Christian Bourgeois alors qu’elle n’a que 17 ans. Leur union durera trois ans au cours desquels elle aura des jumeaux, Jean-Manuel et Étienne Bourgeois.

Pour celle qui se faisait appeler "agneau", il est temps de grandir.


Travailler pour joindre les deux bouts


Ce n’est pas par passion qu’Agnès Troublé commence à travailler en tant que styliste chez Elle. C’est uniquement par pure nécessité. La jeune femme de 20 ans a deux bouches à nourrir (en plus de la sienne) et doit assumer les charges liées à la vie parisienne. Car oui… Suite à son mariage, Agnès a quitté la région de Versailles pour s’installer dans la Ville Lumière.

Peu soutenue par ses proches, elle devra vendre sa bague de fiançailles et même deux meubles de famille. Attention cependant… Bien que vivant loin du luxe dans lequel elle avait grandi, Agnès était tout sauf malheureuse. Elle se fait des amis sincères et baigne dans la musique du matin au soir. Comme elle se plaît à le dire, elle était une hippie de Paris.

Bien que devenue styliste par opportunité, Agnès Troublé y fait rapidement carrière. En plus de travailler pour le magazine Elle, elle parvient à se faire un nom par elle-même. C’est ainsi qu’elle devient styliste indépendante pour le compte de Cacharel ou Dorothée Bis. Mais pour la jeune femme, ce n’est pas assez. Un murmure intérieur se fait de plus en plus assourdissant…



Agnès B. ou la naissance d’une légende



Agnès Troublé le dit elle-même. Elle n’aime pas la mode et son univers. En revanche, elle est passionnée par les vêtements. Choix des matières, fabrication écologique, respect du terroir français, … Agnès Troublé aspire à une industrie de l’habillement plus éthique.

Après avoir mûri son projet pendant de longues années, elle se décide à sauter le pas. En 1973, elle dépose sa marque : Agnès B. À noter que le B. est un clin d’œil à Bourgeois, le nom de son ancien époux. Deux ans plus tard, le 3 rue du Jour (quartier des Halles), Paris abrite sa toute première boutique.

Conçue comme un lieu de rencontre, cette dernière abrite les passions de la jeune femme. Vêtements durables, musique et art s’y mêlent en toute harmonie. Déjà, le côté mécène d’Agnès transparaît dans cet espace. Toutefois, en 1984, elle ira encore plus loin.

Initiée à la collection d’œuvres d’art très jeune, elle exposait occasionnellement les œuvres acquises au fil du temps. Espace des arts de Chalon-sur-Saône (1992), Centre national de la photographie de Paris (2000), Abattoirs de Toulouse (2004), … En tout, elle a participé à plus d’une dizaine d’expositions. Sauf que… pour cette mécène, ce n’est pas assez.

En 1984, en collaboration avec son ancien mari, Christian Bourgeois, elle ouvre la galerie du jour Agnès au 6 rue du Jour, Paris. Comprenant plus de 5 000 œuvres lui appartenant, cette dernière fait la part belle aux artistes émergents et à l’art africain. Le succès est tel que l’année qui suit, elle ouvre un espace similaire à Tokyo.

En 2020, Agnès B. va encore plus loin, elle ouvre La Fab, un lieu qui accueille sa collection et réalise des expositions thématiques. Avec un peu de chance, peut-être y croiserez-vous l’un des collages décalés du duo d’artistes Mr Cute

En plus de sa passion pour les arts, Agnès B. est très impliquée dans les mouvements caritatifs. Parmi les causes qu’elle supporte, il est possible de mentionner la lutte contre le SIDA, l’écologie et l’enfance. Inspirée par son passé, elle a d’ailleurs sorti un long-métrage en 2013. Je m'appelle Hmmm... évoque l’inceste au-travers des yeux d’une fillette de 11 ans qui grimpe dans une camionnette pour fuir son prédateur. Une vraie héroïne…

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